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De la terre à la pluie

“Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière”... Cette citation de Victor Hugo placée sur la 4e de couverture de cet album de Christian Lagrange résume à elle seule le propos de ce récit très sobre. Christian Lagrange est un habitué de notre coin lecture . Si nous aimons et soutenons cet auteur, c’est parce qu’il aborde des sujets graves, des sujets politiques (osons le mot). Il nourrit la réflexion du lecteur sans lui imposer un militantisme acharné ; le dessin et l’illustration témoignent d’une recherche esthétique qui apporte un peu de légèreté, de beauté sans renoncer à dénoncer. Car cet auteur dénonce, s’engage : dans Murmure, c’est à travers le regard d’un enfant qu’il abordait le conflit israélo-palestinien. Dans De la terre à la pluie, c’est à travers le regard d‘une famille qu’il aborde le thème de l’immigration et nous fait vivre son parcours : “chaque seconde, une famille quitte sa terre avec pour seul bagage la force extraordinaire de vivre encore”...   Certaines doubles pages ne comportent pas de texte, sans doute parce que les images parlent d’elles-mêmes et que face à ces drames, parfois seul le silence s’impose… Les personnages semblent faits de terre glaise et posés là, face à des décors qui évoquent nos villes : l’humanité faite de terre dans des univers déshumanisés. Si l’album évoque un sujet grave, il porte une note d’espoir : celui de trouver la lumière, SA lumière. Au moment où de nombreux pays proposent la fermeture des frontières comme réponse lâche aux peurs individuelles, il nous semblait important de saluer cette œuvre à la fois, sobre, minimaliste et forte, grave.