QUELS SONT LES OBJECTIFS DE L’ABLF asbl ?
L’Association
belge pour la lecture - section francophone (ou ABLF) a
été fondée par le professeur Jean Burion en 1974
et est affiliée à l’International Reading
Association depuis 1975. A l’aube du nouveau millénaire,
l’ABLF a décidé de publier une nouvelle revue
trimestrielle, intitulée Caractères, afin de
mieux poursuivre ses objectifs. En introduction au n°1 de cette
revue, Jean Husson et Serge Terwagne en ont précisé la
ligne éditoriale, qui donne une bonne idée de ces
objectifs :
Éditorial du n°1 de la revue Caractères (septembre 2000)
On
a beau dire, mais l’imminence d’un nouveau siècle,
cela donne quand même à une Association comme la
nôtre l’envie de reprendre un bon élan ! Cela vous
offre l’opportunité de faire un grand nettoyage de
printemps, de repeindre la façade, de baptiser votre revue
d’un nouveau nom et de vous faire de nouveaux amis pour pendre la
crémaillère. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle
? Quels sont, au fond, les enjeux qui méritent qu’on se
mobilise désormais dans le cadre d’une Association pour la
lecture ? De quoi sont donc faits nos rêves "
millénaristes " de philolecteurs ?
Ce siècle de lecture a été, du début
jusqu’à la fin, traversé par le fameux débat
méthodologique opposant les tenants de l’apprentissage "
par le sens " et ceux de l’apprentissage " par le son ". Un des
grands enjeux actuels porte, selon nous, sur la nécessité
de dépasser définitivement cette controverse. Tout
d’abord parce qu’elle conduit à simplifier,
jusqu’à la caricature, la question des méthodes.
Pour faire bref, disons ici que loin de considérer la
réconciliation du son et du sens comme quelque chose
d’impossible, nous pensons tout au contraire qu’il
s’agit d’un principe méthodologique qui devrait
sous-tendre tout l’apprentissage… Deuxième bonne
raison pour dépasser la controverse, le fait qu’il
conviendrait de repenser la question des " méthodes " dans le
cadre d’une réflexion plus globale sur les échecs
en lecture et leurs déterminants sociaux. À l’aube
du XXIe siècle, notre école reste encore largement une
école… de classe. Nous devons renforcer nos efforts pour
développer une pédagogie différenciée, qui
permette de mieux aider les apprenants en difficulté. Nous
devons également faire en sorte que l’école et la
famille deviennent des partenaires travaillant en harmonie pour le bien
de l’enfant, alors que le climat actuel serait plutôt
à la méfiance réciproque. Difficiles questions,
bien moins confortables que de simples questions techniques,
évidemment !
" On n’a jamais fini d’apprendre à lire ". Le
succès de cette formule, ne nous y trompons pas, est
plutôt récent. Et il faut bien reconnaître que, dans
l’esprit même de beaucoup d’enseignants,
l’apprentissage de la lecture reste l’affaire presque
exclusive du début de l’école primaire, tant
l’acte de lecture est encore largement assimilé à
un simple mécanisme de décodage. Quant à la "
compréhension ", elle n’aurait rien à voir,
spécifiquement, avec la lecture. C’est oublier un peu
vite, bien sûr, que les processus de compréhension se
modulent selon les intentions du lecteur et le type de texte
qu’on lit, c’est oublier, plus encore, que les enjeux
d’un acte de lecture vont toujours au-delà de la simple "
compréhension ". Je ne lis pas un roman pour simplement le "
comprendre ", mais pour vivre des émotions. Je lis un texte
d’opinions pour y trouver des (contre-)arguments à ma
cause, je recherche des informations pour répondre à une
de mes interrogations, etc., etc. Le " vrai " lecteur est un être
engagé, impliqué dans des actes diversifiés. Et
c’est à la formation de ce lecteur-là que nous nous
intéresserons, quel que soit son âge, quelle que soit la
structure dans laquelle se déroule l’apprentissage.
Car si nous parlons avant tout de ce qui se passe dans les
écoles, nous n’oublierons pas que les enseignants sont
loin d’être les seuls à se préoccuper de la
lecture… et de ses lecteurs. Aux formateurs d’apprenants
adultes, aux bibliothécaires et libraires qui partagent nos
valeurs, nos colonnes seront toujours ouvertes : une " Association
belge pour la lecture " se doit de favoriser les contacts entre des
acteurs qui n ‘ont pas assez coutume de se rencontrer ni
d’échanger leurs expériences.
Nous n’oublierons pas non plus que l’Ablf est
affiliée à l’International Reading Association
(IRA). Et à ce titre, nous nous attacherons à vous
fournir de manière périodique la traduction des articles
qui auront tout spécialement retenu notre attention parmi tous
ceux qui sont publiés dans les différentes revues
internationales de l’Association.
Ajoutons enfin que les débats que suscite la lecture sont
souvent loin d’être académiques. Qu’on ne
s’étonne donc pas de la vigueur avec laquelle nous nous
engagerons parfois dans nos combats… Ce sera toujours
après mûre réflexion et parce que nous avons
jugé qu’ils en valaient la peine.
Jean Husson, Président honoraire
Serge Terwagne, Président effectif