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C’est en 2002, à l’occasion de notre premier colloque francophone, que nous avons exhumé ce vocable médiéval. 
Voici l’explication que nous en donnions :


Les clercs auront donc plus de facilité
D’être nobles, courtois et sages (…)
Que les princes et les rois,
Qui n’ont aucun savoir de lettrure ;

Jean de Meun, Le Roman de la Rose (vers 1275). Edition Langlois, Paris, 1922.
(Vers 18635 à 18639)
 

Les 29 et 30 octobre 2002 s’est tenu notre premier Colloque international sur le thème Perspectives croisées sur la lecture et l’écriture. Et nous l’avons dénommé « colloque de littératie », sans trop nous arrêter aux critiques qui s’élèvent parfois contre l’importation de ce concept anglo-saxon (literacy). Dans notre esprit, la littératie ne se limite évidemment pas à l’apprentissage rudimentaire du lire et de l’écrire. Peut-être, après tout, aurait-il été plus éclairant de redonner vie au joli terme qui était utilisé dans le français du 13e siècle pour désigner tous les savoirs du lettré : la lettrure (letreüre). Ainsi, quand Jean de Meun nous parle dans son Roman de la Rose de cette letreüre qui fait toute la noblesse acquise du clerc, et qui manque tant à la noblesse de sang, il parle aussi bien de lecture, d’écriture et de littérature au sens large. Le mot, hélas, n’a pas résisté à sa proximité avec son doublet savant, le mot « littérature », qui s’est imposé à la Renaissance avec un sens différent. Il a donc disparu, malgré une peu fructueuse tentative d’importation en… anglais par Chaucer, dans ses Contes de Canterbury !À cette époque, nous ne souhaitions pas compliquer les choses en ajoutant un terme supplémentaire au champ lexical concernant la maitrise du langage écrit, et avons adopté dans nos publications courantes le terme de littératie, qui avait déjà bien du mal à s’imposer. Cependant, quand on voit que la Commission française de terminologie et de néologie a proposé, en 2005, de traduire « literacy » par littérisme, alors, on peut abandonner tout scrupule ! Littérisme ne fait système avec aucun autre terme, alors que lettrure est un dérivé bien formé de lettres, lettré et qu’il pourrait permettre des oppositions telles que lettré-illettré, lettrure-illettrure, illettrure venant avantageusement remplacer cet « illettrisme » qui, lui non plus, n’a aucun pendant positif.
Cela dit, Lettrure restera avant tout un titre de revue, et nous ne demanderons à personne de l’utiliser dans ses textes, ni plus ni moins que le terme de « littératie ». Loin de nous ce genre de dogmatisme.


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